Décryptage : Les bipolaires sont-ils plus inteligents que la moyenne ?

L’intelligence et la folie ont souvent été perçues comme deux facettes d’une même médaille, particulièrement en ce qui concerne le trouble bipolaire. Mais qu’en est-il vraiment ? Les personnes atteintes de bipolarité sont-elles plus intelligentes que la moyenne ?

C’est une question qui suscite de nombreuses discussions et débats. Les perceptions sont souvent influencées par des figures historiques célèbres qui souffraient de troubles mentaux et qui étaient également reconnues pour leur génie. Toutefois, il est important de se rappeler que l’intelligence ne se limite pas au seul QI. Dans cet article, nous explorerons la complexité de cette question, en tenant compte des différentes formes d’intelligence et de la manière dont elles peuvent être mobilisées dans le cadre de la bipolarité.

Qu’est-ce que la bipolarité ?

La bipolarité, également appelée trouble bipolaire, est un trouble de l’humeur caractérisé par des variations extrêmes de l’humeur, allant de périodes d’euphorie (mania) à des épisodes de dépression. Ces changements d’humeur majeurs sont souvent accompagnés de fluctuations dans le niveau d’activité et d’énergie.

Lors des phases maniaques, une personne peut ressentir un sentiment exagéré d’énergie et de confiance en soi. Par exemple, elle peut s’engager dans des comportements à risque tels que conduire trop vite ou faire des achats compulsifs. Pendant les phases dépressives, cette même personne pourrait éprouver des sentiments intenses de tristesse ou désespoir.

Il est important de noter que ces symptômes ne sont pas simplement les hauts et bas normaux que tout le monde expérimente. Les épisodes maniaques et dépressifs du trouble bipolaire sont sévères et peuvent avoir un impact significatif sur la qualité de vie d’une personne.

Des études ont montré qu’un nombre élevé d’hospitalisations antérieures pourrait indiquer une gravité accrue du trouble bipolaire. Il a également été suggéré que certaines manifestations du trouble bipolaire pourraient être liées à des dommages cérébraux au niveau du lobe frontal ou à une perturbation des circuits frontosouscorticaux ou mésolimbiques.

Comment fonctionne le cerveau d’un bipolaire?

Dans le contexte du trouble bipolaire, des recherches indiquent une association entre certaines anomalies neurologiques et les symptômes observés. Notamment, des dommages cérébraux au niveau du lobe frontal ou une perturbation des circuits frontosouscorticaux ou mésolimbiques pourraient expliquer certains comportements propres à ce trouble. La région frontale du cerveau est impliquée dans la régulation de nos émotions, notre prise de décision et notre capacité à planifier, tandis que les circuits frontosouscorticaux et mésolimbiques sont liés respectivement à la coordination motrice et aux réponses émotionnelles.

Cependant, ces observations ne permettent pas d’établir un lien direct de causalité entre ces anomalies neurologiques spécifiques et le trouble bipolaire. En effet, il s’agit d’une maladie complexe influencée par une multitude de facteurs génétiques, environnementaux et psychologiques. Par conséquent, même si ces changements dans le cerveau peuvent contribuer aux symptômes bipolaires, ils n’en sont probablement qu’un aspect parmi tant d’autres.

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Il faut également noter que l’impact potentiel des traitements médicamenteux sur le fonctionnement cérébral n’a pas été pris en compte dans cette étude. Ainsi, bien que nous ayons une certaine compréhension de comment pourrait fonctionner le cerveau d’une personne atteinte de bipolarité, il reste encore beaucoup à découvrir dans ce domaine.

Les bipolaires sont-ils plus intelligents ou plus fous ?

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Bipolarité et créativité

La bipolarité, souvent associée à l’intelligence, a également été liée à la créativité. Certains pensent que cette maladie pourrait stimuler une imagination débordante, favorisant ainsi un esprit artistique et novateur. Toutefois, il convient de souligner qu’il s’agit là d’une vision romantique qui ne reflète pas nécessairement la réalité.

La phase maniaque ou hypomaniaque du trouble bipolaire peut certainement favoriser cet état artistique. Néanmoins, il est important de noter qu’être bipolaire n’est pas synonyme de génie créatif automatique. En effet, même si des recherches ont montré une augmentation de la créativité chez les personnes atteintes de bipolarité, elles ne permettent pas d’établir un lien direct entre ce trouble et une intelligence supérieure.

Personnes Bipolaires Célèbres et leurs réalisations

Il existe nombre d’exemples de personnes célèbres ayant souffert du trouble bipolaire tout en accomplissant des choses extraordinaires dans leur domaine respectif. Parmi eux figurent le compositeur allemand Ludwig van Beethoven, le peintre Vincent Van Gogh et le philosophe Friedrich Nietzsche.

Cependant, il convient ici encore d’être prudent avant de tirer des conclusions hâtives sur un lien potentiel entre bipolarité et génie ou folie. En effet, ces personnalités exceptionnelles étaient certes atteintes du trouble bipolaire mais aussi dotées d’un talent rare dans leur domaine spécifique.

En résumé, si certains aspects du trouble bipolaire peuvent effectivement contribuer à stimuler la créativité, il est nécessaire d’adopter une vision nuancée et de ne pas généraliser cette association à tous les individus atteints de ce trouble. De même, alors que des liens entre bipolarité et génie ont été avancés, ils sont loin d’être systématiques ou prouvés scientifiquement.

Corrélation entre l’intelligence et la bipolarité

Des recherches approfondies ont évalué le lien possible entre l’intelligence et la bipolarité. Ces études, qui s’appuient sur diverses méthodologies, apportent des informations précieuses pour comprendre ce sujet complexe.

Ce que révèlent des études britanniques

Certaines études britanniques ont mis en lumière une corrélation entre l’intelligence à un jeune âge et le risque de développer une maladie bipolaire plus tard dans la vie. Par exemple, une étude longitudinale menée par MacCabe et al., a observé les notes scolaires d’enfants suédois âgés de 15 à 16 ans. Les résultats indiquent que ceux avec les meilleures notes étaient presque quatre fois plus susceptibles de développer une maladie bipolaire à l’âge adulte.

Une autre recherche, menée par Gale et al., a examiné les scores de quotient intellectuel (QI) de jeunes écossais. Les analyses montrent qu’un QI élevé à l’adolescence peut être associé à un risque accru de manie dans la vie adulte.

Cependant, il est essentiel de noter que ces études ne prouvent pas une causalité directe entre intelligence et bipolarité. Elles mettent en évidence une association potentielle qui pourrait être influencée par d’autres facteurs tels que la génétique ou l’environnement familial. De telles recherches soulignent également le besoin d’une compréhension plus approfondie du rôle des facteurs cognitifs dans le développement du trouble bipolaire.

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Alors que l’interprétation de ces résultats exige prudence et nuance, ils ouvrent des perspectives intéressantes pour la recherche future. Les chercheurs continuent d’examiner comment les facteurs cognitifs peuvent interagir avec d’autres éléments pour influencer le risque de bipolarité. La compréhension approfondie de ces interactions pourrait conduire à des stratégies plus efficaces pour prévenir ou traiter ce trouble complexe.

Il est également crucial de reconnaître que, bien qu’il puisse y avoir une corrélation entre intelligence et bipolarité, cela ne signifie pas nécessairement que toutes les personnes bipolaires sont hautement intelligentes, ni que toutes les personnes hautement intelligentes développeront une maladie bipolaire. Comme dans tous les domaines de la santé mentale, il existe une grande variété au sein des populations affectées par le trouble bipolaire. Chaque individu a sa propre combinaison unique de forces et faiblesses cognitives qui peut être influencée par un large éventail de facteurs génétiques et environnementaux.

Problématiques auxquelles un bipolaire peut être confronté

Problématiques auxquelles un bipolaire peut être confronté

Difficulté à diagnostiquer

Le trouble bipolaire est souvent difficile à diagnostiquer, car ses symptômes peuvent varier considérablement d’un individu à l’autre. Certains patients peuvent éprouver des périodes de manie intense, tandis que d’autres présentent des symptômes dépressifs plus dominants. De plus, les symptômes bipolaires pourraient être expliqués par des dommages cérébraux au niveau du lobe frontal ou par une perturbation des circuits frontosouscorticaux ou mésolimbiques. Cela complique encore le processus de diagnostic.

D’autre part, il convient de noter que la présence d’une maladie mentale telle que la bipolarité peut affecter l’estime de soi des individus concernés. En effet, l’évaluation de l’estime de soi a été faite au moyen du Rosenberg Self-Esteem Scale (RSE). Le RSE, développé par Rosenberg en 1965[15], mesure l’estime de soi avec une série de questions évaluées sur une échelle Lickert allant de 1 (tout à fait d’accord) à 4 (pas du tout d’accord). Un score inférieur à 30 sur cette échelle correspond généralement à une faible estime de soi.

Impact de la bipolarité sur la qualité de vie

La bipolarité n’affecte pas seulement la santé mentale d’un individu ; elle peut aussi avoir un impact significatif sur sa qualité et son fonctionnement professionnel. Par exemple, le nombre d’hospitalisations antérieures pourrait représenter un facteur de gravité de la maladie et semblerait être particulièrement associé à une incapacité professionnelle[14]. De plus, le comportement imprévisible et les changements d’humeur drastiques peuvent compliquer les relations personnelles et professionnelles des personnes atteintes.

Par exemple, dans la série américaine Homeland, l’agent Carrie Mathison est représentée comme étant bipolaire. Son hyperactivité et sa très forte irritabilité compliquent ses rapports personnels et professionnels au point où elle finit par être licenciée. C’est un exemple fictif qui illustre comment le trouble bipolaire peut affecter différents aspects de la vie quotidienne. En réalité, chaque individu avec ce trouble a une expérience unique qui dépend de divers facteurs incluant le type du trouble bipolaire, la présence d’autres conditions psychiatriques ou médicales comorbides et leur environnement social.

Les bipolaires : des intellectuels flexibles et des pros de la communication cérébrale

Sur le terrain neurologique, les personnes atteintes de troubles bipolaires présentent des caractéristiques distinctives. Certaines perturbations spécifiques se produisent dans leurs circuits frontosouscorticaux ou mésolimbiques, affectant principalement le lobe frontal du cerveau [26]. Cependant, loin d’être uniquement négatives, ces particularités pourraient contribuer à une certaine flexibilité intellectuelle.

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En effet, malgré les défis que pose la bipolarité, certains individus montrent une capacité remarquable à naviguer avec agilité dans des contextes cognitifs complexes. Animés par un débordement d’énergie et souvent dotés d’une estime de soi élevée (150) ainsi que de confiance en eux (22), ils peuvent être perçus comme surévaluant leurs capacités [sirs1215FAST total181135].

Cela dit, une telle perception pourrait être nuancée. L’hyperactivité mentale qui accompagne souvent la phase maniaque du trouble bipolaire peut favoriser un flux rapide d’idées et stimuler la créativité. Par ailleurs, l’irritabilité intense qu’ils éprouvent peut compliquer leurs interactions personnelles et professionnelles. Pourtant, lorsqu’elle est canalisée efficacement, cette énergie peut conduire à des percées innovantes.

Il est essentiel de rappeler que chaque cas de bipolarité est unique et ne doit pas être généralisé. La compréhension profonde et empathique du fonctionnement cérébral chez les bipolaires reste cruciale pour optimiser leur qualité de vie et leurs contributions potentielles à la société.

La cognition dans les troubles bipolaires

Mieux caractériser les différents profils cognitifs

Les troubles bipolaires affectent plusieurs aspects de la vie d’un individu, notamment sa capacité cognitive. Ces difficultés sont souvent évoquées par les patients lors des consultations en Centres Experts FondaMental dédiés aux troubles bipolaires. Leur mémoire, leur concentration et leur organisation semblent être affectées même en dehors d’un épisode aigu de dépression ou d’excitation. Ces problèmes cognitifs peuvent entraver sérieusement leur qualité de vie.

Pour améliorer l’accompagnement des patients et ajuster les stratégies thérapeutiques, une étude descriptive et transversale a été réalisée au cours du deuxième semestre 2013 par ces Centres Experts FondaMental pour identifier différents profils cognitifs dans la population souffrant de trouble bipolaire. Les participants à cette étude devaient répondre à divers critères : avoir un âge compris entre 18 ans et 65 ans, répondre aux critères diagnostiques du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux IVe édition (DSM-IV) pour le trouble bipolaire type I, être suivis en ambulatoire, être en rémission clinique depuis au moins trois mois et être en phase euthymique.

L’étude excluait ceux présentant un retard mental ou une déficience cognitive ainsi que ceux souffrant d’une pathologie somatique chronique sévère ou invalidante ou encore ayant un trouble psychiatrique comorbide ou une dépendance à l’alcool ou aux substances. Les femmes enceintes ou celles se trouvant dans la période post-partum étaient aussi exclues de l’étude.

Ces recherches ont ainsi permis d’identifier différents profils cognitifs parmi les personnes atteintes de troubles bipolaires. Ces résultats constituent un premier pas vers une meilleure compréhension des déficiences cognitives dans le trouble bipolaire et pourraient aider à ajuster les stratégies thérapeutiques afin d’améliorer la qualité de vie des patients.

Questions fréquentes

Quels troubles sont souvent confondus avec la bipolarité ?

Comme le trouble borderline, la cyclothymie est souvent confondue avec la bipolarité. Affectant environ 2 à 5% de la population, la cyclothymie se caractérise par une humeur variable, similaire à celle observée dans la bipolarité et le trouble borderline. Néanmoins, les fluctuations d’humeur en cyclothymie restent modérées.

Comment pourrais-je m’adapter face à une personne atteinte de trouble bipolaire ?

Il est préférable de rester passif et bienveillant. Si l’agressivité de la personne augmente suite à votre « non-réaction », il est conseillé de prendre de la distance. Il peut être utile dans ce cas d’impliquer une autre personne moins proche, qui pourrait être plus tolérée.

Une personne atteinte de trouble bipolaire est-elle capable d’éprouver de l’amour ?

Absolument. Lorsqu’elles ne se trouvent pas en phase maniaque ou dépressive, les personnes atteintes de trouble bipolaire peuvent tout à fait identifier leurs sentiments et sont capables de ressentir et d’exprimer l’amour.

Que se passe-t-il dans l’esprit d’une personne bipolaire ?

En phase maniaque, une personne atteinte de trouble bipolaire est anormalement euphorique, énergique et peut devenir hyperactive ou agressive. Ces individus ont tendance à avoir une confiance en eux démesurée et peuvent agir ou parler sans considérer les conséquences potentielles.

Comment un partenaire pourrait-il soutenir une personne atteinte de trouble bipolaire ?

D’abord, comprendre le trouble bipolaire peut grandement aider à mieux supporter les défis qui peuvent se présenter. Ensuite, il est crucial d’apporter une stabilité affective à la personne atteinte, car c’est un facteur qui aide à limiter les rechutes.

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